Ne rien renier. Fraction revient célébrer 30 ans de combat musical : « Nous avons lancé nos appels à l’insoumission à travers toute l’Europe » [Interview]

Trente ans de combat, trente ans de fidélité à une ligne musicale et politique sans compromis. Pour marquer cet anniversaire, le groupe Fraction, pilier du rock identitaire français, revient avec un album hommage aux figures qui ont forgé la scène Punk, Oï! et RAC depuis les années 80. Mais il ne s’agit pas simplement de reprises : avec une maîtrise musicale toujours plus affirmée et une production professionnelle au cordeau, Fraction redonne vie à des morceaux cultes tout en leur insufflant une nouvelle puissance.

Musicalement, le groupe continue d’élever le niveau, loin de l’amateurisme ou de l’à-peu-près que l’on peut retrouver certaines fois dans un milieu qui hurle sa rage sans subvention. Les arrangements sont soignés, la dynamique est percutante, et chaque reprise résonne comme un acte de fidélité assumé. Saxophone inattendu sur « Pour la gloire », son massif sur « Gardien de l’ordre », refrains retravaillés : Fraction montre qu’il est encore possible d’allier qualité sonore et engagement radical. Les prétendus punks rebelles, aujourd’hui rangés au garde-à-vous du politiquement correct et convaincus qu’« emmerder le Front national » est encore un acte subversif, risquent de tomber de leur chaise en entendant ces morceaux. Les vrais dissidents, eux, se régaleront.

Dans cette interview exclusive que nous a donné Fabrice Robert le bassiste, interview réalisée à l’occasion de la sortie de leur album anniversaire, Fraction revient sur trois décennies de scène, d’engagement, de répression, mais aussi de fidélité et de résilience. Du choix des morceaux repris à la conception d’un album enrichi de treize témoignages historiques, en passant par leur vision de l’évolution de la scène identitaire et leur regard sur les combats à venir, les membres de Fraction livrent sans détour leur vérité.

Une interview sans filtre, à l’image du groupe.

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Breizh-info.com : Fraction fête ses 30 ans cette année. Quel regard portez-vous sur votre parcours depuis la création du groupe ? Quels ont été les moments forts de ces deux décennies et demie de musique et de combat ?

Fabrice Robert (Fraction) : 30 ans de combat musical, ce n’est pas rien. 

Des arènes d’Orange aux BBR, de Rome à Neuchâtel en passant par Lyon, Berlin, Sofia et Budapest, nous avons lancé nos appels à l’insoumission à travers toute l’Europe. Le parcours de Fraction peut se résumer à ce slogan : « ne rien lâcher ». 

Nous avons été traînés en justice par le système, nous avons été ostracisés et diabolisés par les médias mainstream… mais nous sommes toujours là, fidèles au poste ! 

Breizh-info.com : Comment voyez-vous l’évolution de la scène identitaire et contestataire depuis vos débuts ?

Fabrice Robert (Fraction) : Dans les années 90 (et début 2000), il y avait une véritable scène musicale identitaire. Des labels, des concerts et des fanzines. Une véritable effervescence sonore, radicale et contestataire. 

Malheureusement, il faut admettre qu’aujourd’hui, les acteurs sont beaucoup moins nombreux. La plupart de ceux qui faisaient vivre la scène sont passés à autre chose et ils n’ont pas vraiment été remplacés. 

C’est tout de même assez paradoxal quand on voit qu’aujourd’hui, nos idées se diffusent plus largement dans les esprits. Dans nos milieux, on parle beaucoup de bataille culturelle. Certains seraient bien avisés de réfléchir au financement de structures et/ou projets susceptibles de développer une scène musicale patriote, avec des moyens professionnels. Car la musique reste un vecteur important de la diffusion d’un idéal politique. 

Sur certains plateaux télé, certains chroniqueurs traitent quotidiennement de sujets liés à l’immigration massive, l’islamisation, le racisme antiblanc et la menace du Grand Remplacement. Imaginez l’impact que pourraient avoir des artistes portant ces thématiques ? Encore faut-il les soutenir et les faire connaître !

Breizh-info.com : Cet album anniversaire est composé uniquement de reprises de groupes qui vous ont influencés. Comment avez-vous sélectionné ces morceaux et ces groupes ?

Fabrice Robert (Fraction) : Pour marquer les 30 ans du groupe, FRACTION a ainsi fait le choix d’un album de 12 reprises.  

Nous avons bien été obligés de faire des choix. Et cela n’a pas été une mince affaire. Nous avons des goûts musicaux assez variés même si nos références principales proviennent plutôt des scènes oi, metal, punk et hardcore. Nous aurions bien pu reprendre également Motörhead, Les Ramones, Agnostic Front sans oublier La Souris Déglinguée… 

Tout compte fait, la sélection s’est faite progressivement et assez naturellement. Ces titres nous renvoient à notre jeunesse – un peu mouvementée – et à un mode de vie qui a contribué à nous forger. 

Voici donc la liste des titres que nous avons décidé de reprendre : 

NUITS BLANCHES – L’Infanterie Sauvage (1984)

ACAB – The 4 Skins (1982)

PARIAS – Frakass (2013)

POUR LA GLOIRE – Camera Silens (1984)

PLUS FORT QUE TOUT – Komintern Sect (1986)

CROIRE ET OSER – Nouvel Ordre (1994)

RIVOLTA – Plastic Surgery (1986)

I DON’T LIKE YOU – Skrewdriver (1977)

BEAT THE BASTARDS – The Exploited (1996)

CROIRE, COMBATTRE ET OBEIR – Evil Skins (1987)

GARDIENS DE L’ORDRE – Nouvelle Croisade (1989)

COME IL VENTO – Intolleranza (1988)

Breizh-info.com : L’infanterie Sauvage, Komintern Sect, The 4 Skins, Skrewdriver, Camera Silens… Ces noms ont marqué plusieurs générations. Qu’est-ce qui vous inspire chez eux, et quel héritage revendiquez-vous à travers ces reprises ?

Fabrice Robert (Fraction) : Tous ces groupes incarnent un certain état d’esprit et une époque différente. Celle de l’insouciance et de l’insolence. 

Une génération avec un style de vie centré autour de la musique, des potes, des embrouilles, des rixes et des concerts. Une génération soudée autour du clan et qui ne se posait pas de question quand il s’agissait de défendre sa bande, son honneur, sa fidélité.

Un monde sans téléphone portable, sans réseaux sociaux, sans caméras à tous les coins de rue. 

Une époque où la jeunesse se sentait libre et où tout semblait possible. 

Breizh-info.com : Avez-vous eu des retours de membres de ces groupes sur votre travail ?

Fabrice Robert (Fraction) : Nous nous sommes réappropriés ces titres avec notre son tout en intégrant aussi quelques variantes et enrichissements qui n’apparaissent pas dans les versions originales (comme le saxo sur le titre « Pour la gloire »). 

Je sais que certains ont trouvé que les titres avaient connu une sorte cure de jouvence. Ce qui s’apparente plutôt à un compliment. Pour exemple, Benoît de Nouvelle Croisade a apprécié le nouveau son de « Gardien de l’ordre » tout en précisant que c’était une « chance » d’être repris aujourd’hui par Fraction. Un compliment qui nous va droit au cœur quand on sait l’importance qu’a eu Nouvelle Croisade dans notre jeunesse. 

Breizh-info.com : En plus des reprises, votre album contient 13 témoignages d’acteurs historiques du punk, de l’oi! et du RAC (rock anti communiste). Comment est née cette idée ? Ces témoignages incluent des figures de groupes comme Tolbiac’s Toads, Brutal Combat, Nabat, Colditz… Qu’ont-ils à raconter sur leur époque et sur l’évolution de la scène ?

Fabrice Robert (Fraction) : Fabrice Robert (Fraction) : Comment est née cette idée ? 

Pour cette production, on avait prévu d’inviter des personnes ayant fait partie de groupes qui nous ont marqué. Et sans qui nous ne serions peut-être pas là aujourd’hui. Une manière pour nous d’assumer un parcours (sans rien renier) et de faire le lien entre une certaine époque et ce que nous sommes aujourd’hui. 

Comme il semblait compliqué de réunir des personnes venant parfois de loin sur Nice au même moment – si on partait dans l’optique d’une présence en studio -, on s’est dit qu’il serait plus simple de leur demander d’enregistrer un témoignage (avec un téléphone, un micro relié à un ordinateur, etc.) et de nous l’envoyer. Il suffirait de se mettre d’accord sur le texte et ensuite, avec les moyens du studio, on pourrait retraiter le son et incorporer les enregistrements à l’album.

Cet album propose donc – en plus – 13 témoignages enregistrés : Vincent (Tolbiac’s Toads), Bébert (Brutal Combat), Benoît (Nouvelle Croisade), Laurent (BK84), Laurent (Kontingent), Thomas (9ème Panzer Symphonie), Christophe (Nouvel Ordre), Jens (Endstufe), Ken (Brutal Attack), Steve Drakos (Nabat, Skrewdriver), Ricket (Colditz), Michel (Frakass), Emanuele (Hobbit).

La plupart du temps, ces témoignages reviennent sur une certaine époque tout en appelant à continuer le combat. 

Mais on a, par exemple, le chanteur de Brutal Combat qui reprend un titre phare de son groupe (« Charles Martel ») en modifiant le refrain en guise de clin d’œil à Fraction : « Charles Martel si tu voyais la Gaule ce qu’ils en ont fait – Tu dirais : Réveille-toi ! Restons soudés ! ». (ndlr : « Réveille-toi ! » et « Restons soudés » sont les titres des dernières productions de Fraction).

De son côté, Vincent du groupe culte Tolbiac’s Toads appelle à continuer la lutte contre le Grand Remplacement. Quelques jours après la sortie de l’album, Vincent nous a également rendu un bel hommage à travers ce texte : « Honoré d’avoir pu témoigner de mon total soutien à Fraction sur cet album historique qui marque les 30 ans de combat musical de ce groupe si attachant. Merci à eux, merci à vous et surtout, ne reniez rien. Vincent – Tolbiac’s Toads ».

Breizh-info.com : Le rock identitaire a souvent été marginalisé dans les circuits classiques. Comment avez-vous maintenu votre présence et votre influence malgré la censure et les pressions ?

Fabrice Robert (Fraction) : Face à la censure et aux pressions, il a toujours fallu s’adapter pour tenir coûte que coûte. Les procès se sont transformés en tribune, les campagnes de presse hostiles en brevet de groupe intrinsèquement anti-système. Cette détermination, c’est l’ADN, la marque de fabrique de Fraction.

Par ailleurs, nous sommes toujours parvenus à diffuser notre musique à travers divers canaux (les labels indépendants, le réseau internet, le streaming, etc.).  

Breizh-info.com : Votre musique a toujours eu une dimension militante. Voyez-vous Fraction avant tout comme un groupe musical ou comme un vecteur d’un message politique et identitaire ?

La bataille des idées se mène sur plusieurs fronts : les débats de société sur les plateaux télé, les élections, les colloques, la littérature, la bande-dessinée ou encore la musique… Et une chanson bien écrite vaut parfois mieux qu’un long discours.

Avec Fraction, nous avons toujours considéré la scène musicale comme une tribune politique. Les instruments sont nos armes et les textes nos munitions. 

Breizh-info.com : Certains de vos concerts ont été interdits ou annulés sous pression. Comment gérez-vous ces attaques et quel message voulez-vous faire passer à votre public  qui vous suit depuis 30 ans (pour les plus vieux) ?

Fabrice Robert (Fraction) : Nous pouvons, en effet, compter sur un public fidèle qui a toujours répondu présent et qui nous porte depuis 30 ans. Sans ces soutiens à travers le monde entier, rien n’aurait été possible. Unis dans l’adversité, nous formons un clan, une communauté.

Pour Fraction, la vie est un combat. Et comptez sur nous pour continuer à scander haut et fort vos (nos) idées !

Propos recueillis par YV

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Crédit photo :  DR
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