Les obsèques de Brendan ‘Bik’ McFarlane, ancien prisonnier de l’IRA et figure du mouvement républicain, se sont déroulées le 25 février 2025 à Belfast, en présence de plusieurs hauts responsables du Sinn Féin. Cette cérémonie, qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes, a ravivé les tensions mémorielles en Irlande du Nord, opposant ceux qui considèrent McFarlane comme un héros du combat républicain à ceux qui rappellent son passé militant violent.
Un dernier hommage sous le signe du républicanisme
Brendan McFarlane, décédé à l’âge de 74 ans après une courte maladie, était une figure historique du républicanisme irlandais. Son cortège funéraire, mené par un joueur de cornemuse, a traversé le Milltown Cemetery sous les applaudissements de la foule. Parmi les personnalités présentes figuraient l’ancien président du Sinn Féin Gerry Adams, le député John Finucane ainsi que plusieurs élus irlandais du parti.
Gerry Kelly, ancien membre de l’IRA et actuel député du Sinn Féin à l’Assemblée nord-irlandaise, a prononcé une oraison funèbre rendant hommage à l’engagement de McFarlane pour la cause républicaine. Sans mentionner explicitement son passé militaire, il a salué un « camarade infatigable » et insisté sur la nécessité de poursuivre son combat en faveur d’une Irlande unifiée.
« La meilleure manière d’honorer Bik est de poursuivre son œuvre vers une Irlande unie », a-t-il déclaré, appelant à continuer la lutte politique pour l’indépendance et l’unification de l’île.
Un passé militant controversé
Brendan McFarlane était loin d’être un simple militant politique. Condamné à la réclusion à perpétuité pour son rôle dans l’attentat du Bayardo Bar en 1975 – une attaque qui a causé la mort de cinq personnes et fait plus de soixante blessés –, il est également connu pour avoir organisé la célèbre évasion de la prison de Maze en 1983, la plus grande de l’histoire du Royaume-Uni, au cours de laquelle 38 détenus de l’IRA s’étaient échappés en prenant en otage plusieurs gardiens.
Son parcours criminel ne s’arrête pas là. En décembre 1983, il est accusé d’avoir participé à l’enlèvement de Don Tidey, un dirigeant de supermarché, dans le but d’obtenir une rançon pour financer l’IRA. L’intervention des forces de l’ordre irlandaises avait tourné au drame, causant la mort d’un jeune policier et d’un soldat. McFarlane, arrêté en 1986 aux Pays-Bas, a finalement été libéré en 1997 après les accords du Vendredi Saint.
Après sa sortie de prison, il s’est consacré au militantisme politique et à la promotion de l’accord de paix en Irlande du Nord, sans jamais renier son passé.
Un hommage qui divise
Si les figures du Sinn Féin ont rendu hommage à un « combattant républicain dévoué », la cérémonie a suscité une vive indignation parmi les unionistes et les familles des victimes du Bayardo Bar.
Le député du DUP Phillip Brett a dénoncé une glorification inacceptable d’un ancien terroriste : « Dans tous les discours de Sinn Féin célébrant la mémoire de M. McFarlane, il n’y a pas eu un mot, pas une excuse pour les victimes de ses crimes. »
De son côté, Doug Beattie, chef de l’Ulster Unionist Party, a souligné que les victimes de l’attentat de 1975 étaient, une fois encore, passées sous silence : « Encore une fois, on célèbre un meurtrier terroriste, tandis que ses victimes ne sont réduites qu’à des statistiques. »
Les funérailles de Brendan McFarlane reflètent les tensions persistantes en Irlande du Nord, où le poids de l’histoire continue de diviser les communautés. Si une partie des nationalistes voient en lui un héros du combat pour l’unité irlandaise, les unionistes et les familles de victimes rappellent qu’il a aussi été un acteur majeur de la violence des Troubles.
À l’heure où Sinn Féin, devenu la première force politique en Irlande du Nord, tente d’imposer un référendum sur l’unification avec la République d’Irlande, la mémoire de figures comme McFarlane demeure un point de fracture entre deux visions irréconciliables de l’histoire et de l’avenir de l’Irlande du Nord.
Photo : DR
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