Nicolas Battini (Palatinu) et Paul Marchione animent le premier numéro de Ne Parlemu ! Le thème ? L’héritage de Pasquale Paoli et l’émergence du palatinisme
Pascal Paoli : le père de la nation corse, apôtre des Lumières et de l’indépendance
Pasquale Paoli, né en 1725 à Morosaglia, incarne à lui seul l’aspiration d’un peuple à la liberté. Philosophe, militaire et homme d’État, celui que l’on surnomme « le père de la nation corse » fut l’un des premiers à tenter d’établir un État républicain moderne sur le sol européen, à une époque où les monarchies régnaient en maître.
Issu d’une famille de notables corses, Pascal Paoli grandit dans un environnement imprégné par le combat contre la domination génoise. Forcé à l’exil avec son père en 1739 après la répression d’un soulèvement populaire, il trouve refuge à Naples. Là, loin de son île, il s’imprègne des idées des Lumières, fréquente l’élite intellectuelle italienne, et se forme à la pensée politique, militaire et philosophique.
Cet exil fonde chez lui une conviction inébranlable : l’indépendance passe par la culture, la rigueur administrative et l’autodétermination. Formé au sein de l’armée napolitaine, lecteur assidu de Montesquieu, de Machiavel ou de Tite-Live, Paoli s’impose rapidement comme une figure d’avenir pour ceux qui rêvent d’un renouveau corse.
En 1755, après l’assassinat du chef rebelle Jean-Pierre Gaffory, Paoli est élu « général de la nation corse ». Il prend alors les rênes d’une île divisée, harcelée par Gênes, mais animée par une soif d’émancipation. Sa première mission : structurer le pays. Il rédige une Constitution, qui institue une démocratie représentative avec une Assemblée élue au suffrage universel masculin – un fait unique en Europe à l’époque.
Sous sa houlette, la Corse se dote d’une administration centralisée, d’un système judiciaire indépendant, et même d’une université à Corte, inaugurée en 1765. Il lance des réformes agricoles, encourage la culture de la pomme de terre et favorise l’instruction publique. Corte devient capitale de facto, puis capitale de jure à partir de 1761.
Dans le domaine militaire, il crée une milice insulaire pour défendre le territoire, fonde la ville de L’Île-Rousse pour concurrencer les ports génois, et résiste avec succès à plusieurs tentatives de reconquête. Mais la République de Gênes, incapable de reprendre le contrôle, vend ses droits sur l’île au royaume de France en 1768. La Corse devient alors un enjeu stratégique pour Versailles.
Face aux troupes françaises, la résistance de Paoli culmine en 1769 à la bataille de Ponte-Novo. La supériorité militaire de l’envahisseur et les trahisons internes condamnent le soulèvement. Pour éviter un bain de sang, Paoli choisit l’exil. Le 13 juin, il quitte la Corse pour l’Angleterre avec quelques fidèles.
À Londres, il devient une personnalité en vue. Soutenu par des figures comme Samuel Johnson ou Edmund Burke, il continue de plaider la cause corse dans les cercles intellectuels et politiques. Mais l’espoir d’un retour semble s’éloigner, jusqu’à ce que la Révolution française bouleverse l’ordre établi.
En 1790, la Révolution française ouvre une brèche. L’Assemblée nationale invite Paoli à revenir, ce qu’il fait dans l’enthousiasme général. Il reprend le pouvoir sur l’île, tente de concilier les idéaux républicains avec une autonomie corse, mais les tensions avec Paris s’enveniment.
Accusé de trahison par la Convention en 1793, il se rapproche des Britanniques. En 1794, la Corse devient un royaume anglo-corse sous protectorat britannique. Paoli en devient le président, mais rapidement marginalisé par les autorités anglaises, il quitte l’île en 1795 pour un nouvel exil.
De retour à Londres, Paoli mène une existence plus discrète. Il refuse l’invitation de Napoléon Bonaparte à revenir en France, lui qui fut pourtant son admirateur dans sa jeunesse. En 1807, Pascal Paoli meurt loin de son île natale, à l’âge de 81 ans. Ses cendres ne seront rapatriées en Corse qu’en 1889, à Morosaglia, dans sa maison transformée en musée.
Pascal Paoli demeure aujourd’hui une figure incontournable du panthéon corse. Il fut un pionnier du constitutionnalisme démocratique, un homme des Lumières enraciné dans sa terre, et un artisan de l’émancipation populaire. En Corse, son nom est gravé dans les places, les écoles, les institutions. Il incarne, au-delà de son époque, la quête inachevée d’un peuple pour la liberté et la dignité.
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Une réponse à “Ne Parlemu #1. L’héritage de Pasquale Paoli et l’émergence du palatinisme”
Merci pour ce résumé instructif sur la vie de ce grand homme, lequel, comme nombre de corses, a vécu exilé loin de son ile natale.
La malédiction de l’homme corse, en quelque sorte…