Stéphane Courtois : du maoïsme au Livre noir du communisme, itinéraire d’un repenti lucide

Près de trente ans après la parution du Livre noir du communisme, son directeur de publication, Stéphane Courtois, revient dans une interview donnée à Epoch Times sur les racines de cet ouvrage qui a bouleversé l’historiographie occidentale. Un témoignage personnel et politique qui retrace à la fois son engagement révolutionnaire, sa rupture avec l’idéologie rouge et sa plongée dans les archives du totalitarisme.

Ancien militant maoïste, Courtois avoue être entré dans l’univers communiste presque par hasard, alors étudiant à Nanterre à la veille de Mai 68. Emporté par l’élan révolutionnaire, il rejoint un groupe maoïste libertaire, « Vive la révolution », où se mêlaient ferveur idéologique, irrévérence et contre-culture. Il dirigera même une librairie militante, subventionnée officieusement par Pékin, jusqu’au jour où une publication satirique – jugée « contre-révolutionnaire » – provoquera sa disgrâce auprès de l’ambassade de Chine. Il comprend alors que l’humour, incompatible avec les dogmes, n’a pas sa place dans le communisme réel.

Mais c’est la mort mystérieuse de Lin Biao en 1971, ancien dauphin de Mao, suivie de la lecture des Habits neufs du président Mao de Simon Leys, qui provoque une première brèche dans ses certitudes. La réalité de la Révolution culturelle, loin de l’utopie vendue en Occident, lui apparaît dans sa violence nue.

Quelques années plus tard, son travail d’historien le conduit à Moscou dans les années 1990, à l’ouverture des archives soviétiques. Il y découvre l’ampleur du système de répression mis en place par le Komintern et par les partis communistes à travers le monde. C’est à ce moment qu’un éditeur lui propose de diriger un ouvrage inédit : un état des lieux global des crimes du communisme au XXe siècle.

Le projet aboutit en 1997 : Le Livre noir du communisme, cosigné par plusieurs spécialistes, dévoile un chiffre glaçant : cent millions de morts au nom d’une idéologie prétendument émancipatrice. Le livre provoque une onde de choc. Les ventes explosent. Les débats font rage. La gauche intellectuelle, prise de court, n’attaque pas sur les faits, mais sur le terrain symbolique, en accusant les auteurs de mettre sur le même plan nazisme et communisme. Courtois répond sobrement : il n’y a pas assimilation, mais comparaison historique. Les mécanismes de terreur de masse sont similaires, les idéologies diffèrent.

Le succès du Livre noir fut tel que plusieurs pays d’Europe de l’Est ouvrirent à leur tour leurs archives, provoquant une forme de catharsis nationale. Mais paradoxalement, en France et en Occident, l’idéologie communiste n’a jamais été véritablement disqualifiée. Courtois souligne la fascination persistante d’une partie de la gauche radicale pour ce qu’il appelle aujourd’hui un « communisme camouflé » : exit la lutte des classes, place désormais aux luttes raciales, sexuelles ou identitaires.

Quant à la Chine, il la considère encore comme un régime totalitaire, malgré son capitalisme de façade. Le Parti communiste y a simplement troqué la terreur visible pour une terreur silencieuse, technologique et systémique. Surveillance de masse, crédit social, internements : la dictature a modernisé ses outils sans jamais renoncer à ses principes.

Enfin, Courtois insiste sur une distinction trop souvent oubliée : celle entre autoritarisme et totalitarisme. Un régime autoritaire contrôle sans chercher à remodeler l’homme. Le totalitarisme, lui, aspire à transformer l’individu en soldat idéologique. Et c’est précisément cela que le communisme a tenté – et tente encore – de faire.

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2 réponses à “Stéphane Courtois : du maoïsme au Livre noir du communisme, itinéraire d’un repenti lucide”

  1. PL44 dit :

    « Vive la Révolution » (VLR) était une organisation plutôt folklorique, maoïste est difficilement compatible avec libertaire.
    De son côté, le P »C » chinois, comme tous les p »c » fondés dans les pays coloniaux ou semi-coloniaux pendant l’entre-deux-guerres etait plutôt un parti nationaliste radical : il n’a pas appelé au défaitisme révolutionnaire lors de la guerre contre le Japon.
    A propos de totalitarisme ne cherche-t-on pas à nous transformer en soldats politiquement corrects ?

  2. Brun dit :

    Tous les ouvrages de <M. Courtois sont absolument passionnants et révêlateurs dees pratiques communistes. Et il faut de trouver en France pour y trouver encore un parti communiste même si , heureusement, il n'est plus que l'ombre de lui-même.

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