Loftus Hall, vaste demeure perchée sur la péninsule de Hook, dans le comté de Wexford au sud-est de l’Irlande, est à nouveau sur le marché immobilier. Réputée pour être la maison la plus hantée d’Irlande, elle est désormais à vendre pour un montant estimé à plus de 4 millions d’euros. Ce retour sur le marché signe l’abandon officiel du projet de transformation en hôtel de luxe mené par le promoteur irlando-britannique Paddy McKillen Jr, fils du milliardaire originaire de Belfast.
Un lieu chargé d’histoire… et de fantômes
Érigée au XIXe siècle, Loftus Hall est bien plus qu’un manoir victorien. Elle est au cœur des légendes irlandaises les plus sombres, avec des récits de possessions, d’apparitions et de pactes diaboliques. Longtemps abandonnée, elle avait retrouvé une forme de notoriété en 2012 grâce à des visites guidées sur le thème du paranormal, attirant un large public friand de frissons surnaturels.
Avant cela, la demeure avait successivement été résidence privée, couvent, puis hôtel dans les années 1980, tenu par un couple local, les Devereux. En 2022, elle avait été acquise par McKillen Jr via sa société Oakmount, pour un montant de 1,75 million d’euros, avec un projet ambitieux de reconversion.
Un projet d’hôtel avorté
Sous le nom de Ladyville House, McKillen avait entrepris une vaste rénovation de la bâtisse et de ses 68 hectares de terrain surplombant la mer d’Irlande. Le projet comprenait notamment un hôtel de 56 chambres, 33 cottages indépendants, 10 pods écologiques, une salle de mariage, un centre de bien-être, ainsi qu’un espace spa et fitness.
Mais après plusieurs étapes de travaux, dont la rénovation de 97 fenêtres et d’importants aménagements intérieurs, le projet semble avoir été abandonné avant son achèvement. Faute de visibilité économique ou en raison de restructurations internes, Oakmount a décidé de mettre fin au développement. Le bâtiment est mis en vente par l’agence Colliers, qui affirme que la phase 1 du chantier est presque terminée. « Il suffit désormais de finaliser les second-œuvres à l’étage pour qu’un acquéreur reprenne le projet », selon Gillian Earley, directrice associée chez Colliers.
Avec sa situation idéale sur la côte de Wexford, à proximité du célèbre Hook Lighthouse, ses terres spectaculaires et son histoire riche en récits macabres, Loftus Hall offre de nombreuses possibilités. Le marché actuel, porté par la demande pour des hébergements insolites (pods, retraites, hôtels de charme), pourrait attirer investisseurs, promoteurs touristiques ou passionnés d’ésotérisme.
Une autre propriété de McKillen, un terrain de 21 hectares en bord de mer dans le comté de Wicklow, vient d’être vendue à un investisseur chinois basé en Irlande. Là aussi, des projets de développement touristique ont été bloqués par les autorités locales, illustrant les obstacles administratifs auxquels les investisseurs doivent faire face en Irlande, comme ailleurs en Europe.
Loftus Hall serait hantée depuis qu’un mystérieux visiteur, accueilli par la famille Tottenham au XVIIIe siècle, aurait été démasqué comme étant le Diable lui-même, après avoir laissé s’échapper une patte fendue sous la table. La jeune Anne Tottenham, terrifiée, aurait sombré dans la folie et serait morte recluse dans une chambre de la maison.
Depuis, nombreux sont ceux qui prétendent y avoir vu des ombres, entendu des bruits inexplicables, ou ressenti une présence oppressante dans les couloirs du manoir…
Les frissons ont toutefois un coût : le prix de la vente est attendu autour de 4 millions d’euros. Avis aux amateurs….
Loftus Hall : histoire, légende et héritage de la maison la plus hantée d’Irlande
Loftus Hall, vaste demeure située sur la péninsule de Hook, dans le comté de Wexford, au sud-est de l’Irlande, est l’un des bâtiments les plus célèbres et énigmatiques de l’île. Son passé entremêle histoire militaire, lignées anglo-irlandaises et récits surnaturels, faisant de ce manoir une icône du folklore local… et une attraction prisée des amateurs de frissons.
La demeure actuelle s’élève sur l’emplacement de l’ancien Redmond Hall, un château fondé au XIVe siècle par la famille Redmond, influente dans le sud-est de l’Irlande. Cette famille avait elle-même remplacé un premier édifice datant du XIIe siècle, bâti par Raymond FitzGerald après la conquête normande.
Durant les guerres confédérées irlandaises du XVIIe siècle, Redmond Hall fut le théâtre d’un assaut spectaculaire en 1642. Malgré son âge avancé, Alexander Redmond, alors propriétaire, réussit à défendre la demeure avec l’aide de ses fils et de quelques domestiques armés de simples fusils de chasse, contre une troupe de l’armée anglaise. L’arrivée providentielle de rebelles irlandais dans la brume mit fin à l’assaut. Quelques années plus tard, la demeure tomba définitivement sous contrôle anglais à la suite de la conquête de Cromwell, et la famille Redmond fut progressivement dépossédée de ses terres.
La propriété passa aux mains de la famille Loftus, des planteurs anglais établis dans la région depuis la fin du XVIe siècle. En 1666, Henry Loftus s’installa dans la maison, qui prit alors son nom actuel. Plusieurs générations plus tard, au XIXe siècle, le 4e marquis d’Ely, John Loftus, entreprit une rénovation ambitieuse du manoir (1872-1884), inspirée notamment de la résidence d’été de la reine Victoria sur l’île de Wight. Le bâtiment fut équipé d’éléments très novateurs pour l’époque : toilettes à chasse d’eau, chauffage par air pulsé, mosaïques, parquets ouvragés…
Mais ce qui a rendu Loftus Hall mondialement célèbre, ce n’est pas seulement son architecture, mais l’étrange légende qui l’entoure. En 1775, une jeune femme du nom d’Anne Tottenham aurait vu, lors d’une partie de cartes avec un invité mystérieux, que celui-ci avait… un pied fourchu. À cette révélation, l’homme aurait disparu dans un éclair, traversant le plafond.
Marquée à jamais, Anne sombrera dans la folie. Sa famille, honteuse, l’enferma dans la « salle des tapisseries », où elle resta prostrée jusqu’à sa mort. Selon la légende, son cadavre fut retrouvé en position assise, les muscles figés, et enterré tel quel. L’histoire d’Anne hante encore les murs de Loftus Hall, et continue d’inspirer écrivains et réalisateurs.
Après être resté aux mains de la famille Loftus jusqu’au début du XXe siècle, le manoir devient un couvent et une école pour jeunes filles tenus par les Sœurs de la Providence en 1917. Puis, en 1983, Kay et Michael Devereux le rachètent et ouvrent un hôtel, qui fonctionnera jusqu’à la fin des années 1990.
En 2011, la famille Quigley acquiert Loftus Hall. Elle relance les visites touristiques autour de la légende d’Anne Tottenham et du surnaturel. Des soirées « chasse aux fantômes », des événements d’Halloween, mais aussi des tournages (notamment le film The Lodgers en 2016) participent à son renouveau.
Loftus Hall a inspiré plusieurs productions : un documentaire (The Legend of Loftus Hall, 1993), un projet de long métrage initié dans les années 2000 (jamais abouti), mais aussi des œuvres littéraires. L’auteur irlandais Eoin Colfer, créateur d’Artemis Fowl, y a travaillé dans sa jeunesse et s’en est inspiré pour inventer le manoir de Fowl Manor. On retrouve également des échos de Loftus Hall dans le Toad Hall du film d’animation The Wind in the Willows (1983).
Crédit photo : DR
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