Le décor était planté comme dans un western flamand : pavés rutilants, ciel blafard, effluves de bière et de frites noyées dans la mayonnaise. Il ne manquait qu’un revolver et un cheval pour compléter le tableau. Au lieu de ça, ce fut Neilson Powless, jeune étalon né en Californie, qui dégaina le plus vite au sprint pour crucifier Wout Van Aert et ses deux compères de Visma-Lease a Bike. Le tout, dans une scène finale où le ridicule se drapait d’or et noir.
Trois mousquetaires, un d’Artagnan yankee
Ce 2 avril, À Travers la Flandre n’était pas une semi-classique, mais une semi-tragédie grecque pour la puissante armada néerlandaise. Le scénario, pourtant ficelé avec la rigueur d’un roman d’espionnage, avait tout pour finir en triomphe : à 75 kilomètres du verdict, coup de bordure magistral, quatre hommes en jaune s’envolent, réduits à trois après que le bon Edoardo Affini se soit sacrifié comme un domestique antique. Restait donc un trio royal : Van Aert, Benoot, Jorgenson. Et, accroché à leur roue comme une tique sur un dogue, un Américain en rose et bleu.
Neilson Powless, 27 ans, l’air aussi inoffensif qu’un randonneur vegan, mais aux jambes de bûcheron. On aurait cru un figurant égaré dans une reconstitution de Waterloo, mais c’est lui qui, patiemment, a ruiné la stratégie des Visma comme on éventre un tonneau de bière à la veille du Carême.
La stratégie du néant
Ils étaient trois. Ils avaient la force, le nombre, le panache. Ils avaient même Van Aert, prétendument taillé pour conclure au sprint. Mais à quoi bon porter l’uniforme de la domination si c’est pour prendre un coup de pied dans la cuisse au moment d’écrire l’Histoire ?
😮 Plus fort que Wout van Aert, Neilson Powless remporte À Travers la Flandre ! Seul contre trois Visma, l’Américain crée la surprise en domptant le Belge au sprint #DDV25 #LesRP pic.twitter.com/WXSKMWUYfI
— Eurosport France (@Eurosport_FR) April 2, 2025
On les vit longtemps rouler à trois contre un sans jamais vraiment tenter de le décrocher, cet intrus venu d’Amérique. Pire : ils le laissèrent même collaborer aux relais, comme si l’honneur d’être en compagnie des seigneurs suffisait à le neutraliser. Mais le cow-boy s’accrochait, et lorsque vint le moment du sprint, ce fut la panne sèche dans le moteur du Belge. Le baroudeur de l’Ouest lança son attaque à 200 mètres, dépassa Van Aert en sifflotant, et leva les bras au ciel, seul contre tous, sous les hourras médusés de ceux qui croyaient la messe dite.
Van Aert, prince des deuxièmes places
Wout Van Aert ? Deuxième, encore. Pour la 44e fois de sa carrière. Ce n’est plus un coureur, c’est une chronique de la frustration sur deux roues. Depuis sa dernière victoire à la Vuelta 2024, le Flamand collectionne les accessits comme un vieux noble collectionne les dettes. Les jambes semblent s’émousser au moment de conclure, et les bras restent désespérément scotchés au guidon quand il faudrait les lever au ciel.
Ce mercredi, c’était censé être la revanche de 2024, l’édition où il avait chuté dans le Kanarieberg. Ce fut la revanche du karma. Le coureur le plus surveillé du peloton a encore échoué, victime d’un excès de confiance collectif où chacun se voyait déjà sur le podium, sans imaginer que la médaille d’or filerait dans la sacoche d’un Yankee opiniâtre.
Powless, lui, a tout compris. Dans une époque où les grandes formations se comportent comme des armées napoléoniennes, le coureur d’EF Education – EasyPost a joué la carte de l’opportunisme inspiré. Un œil dans la roue, un autre sur la ligne d’arrivée, et beaucoup de sang-froid. On appelle ça l’instinct du chasseur.
Il signe ainsi sa plus grande victoire depuis 2021 (Clasica san Sebastian), et rappelle à la meute qu’il faudra compter sur lui dimanche, sur les pavés sacrés du Tour des Flandres. Pendant ce temps, chez Visma, on méditera sur ce qui s’est passé : trois cerveaux, une stratégie… et zéro audace.
YV
Crédit photo : A travers la Flandre (DR) https://www.ddvl.eu/fr
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