Inégalités territoriales : les ruraux défavorisés face aux bénéficiaires de la politique de la ville

L’Insee a récemment publié une étude mettant en lumière les disparités marquées entre les bénéficiaires des prestations sociales en milieu rural et ceux résidant dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Alors que les aides sociales sont massivement distribuées dans ces quartiers urbains défavorisés, la situation des habitants des zones rurales reste bien souvent ignorée, malgré des difficultés économiques similaires.

Une concentration des aides dans les quartiers prioritaires

Selon l’étude, plus de 71,7 % des résidents des QPV perçoivent au moins une prestation légale des caisses d’allocations familiales (CAF), contre 39,7 % pour les habitants des territoires ruraux. Cette disparité s’explique par un taux de pauvreté beaucoup plus élevé dans les QPV (44,3 % contre 14,5 % en moyenne nationale), critère déterminant pour l’attribution des aides.

Les quartiers prioritaires sont définis par une forte concentration de populations à bas revenus, ce qui leur permet de bénéficier d’une politique publique spécifique et de dispositifs renforcés. À l’inverse, les habitants des campagnes, bien que confrontés à des difficultés similaires (chômage, isolement, faibles revenus), ne disposent pas des mêmes dispositifs d’accompagnement.

Le poids des prestations sous conditions de ressources

Dans les QPV, deux tiers des foyers allocataires perçoivent au moins une aide sous conditions de ressources, contre seulement la moitié dans le reste du pays. Ces aides incluent principalement :

  • Les aides au logement, dont bénéficient 63 % des foyers en QPV, contre 42 % en milieu rural.
  • Le revenu de solidarité active (RSA), touché par 25 % des foyers des QPV, soit près du double de la moyenne nationale (13 %).
  • Les prestations familiales sous conditions de ressources, telles que l’allocation de rentrée scolaire (ARS) ou le complément familial (CF), sont également plus fréquentes dans ces quartiers.

En revanche, certains dispositifs comme l’allocation aux adultes handicapés (AAH) ou la prime d’activité, qui s’adressent aux travailleurs aux revenus modestes, sont répartis de manière plus homogène sur le territoire.

Une composition des foyers différente selon les territoires

La structure des foyers bénéficiant des prestations sociales diffère également entre ces deux territoires :

  • Les personnes seules représentent 50,8 % des foyers allocataires en QPV, contre moins de 40 % en milieu rural.
  • Les familles monoparentales sont nettement plus fréquentes en QPV (21 %) qu’en dehors (16 %).
  • Les couples avec enfants sont sous-représentés en QPV : seuls 23 % des allocataires sont dans cette configuration, contre 33 % en moyenne nationale.
  • En revanche, les familles nombreuses (trois enfants ou plus) sont aussi nombreuses en QPV qu’ailleurs, mais les foyers de quatre enfants ou plus y sont deux fois plus fréquents (6 % contre 3 % ailleurs).

Les oubliés de la ruralité ?


Si les QPV bénéficient de nombreux dispositifs d’aides et de soutien de l’État, les populations rurales, pourtant en difficulté, se retrouvent souvent exclues de ces mesures. Contrairement aux habitants des quartiers prioritaires, les ruraux doivent composer avec :

  • Un accès limité aux services publics, notamment aux structures de soutien comme les maisons des solidarités ou les centres d’insertion.
  • Une dépendance à la voiture, qui représente un coût supplémentaire pour des populations déjà précarisées.
  • Une offre d’emploi réduite, avec moins d’opportunités de reconversion professionnelle que dans les grandes agglomérations.

Alors que la politique de la ville bénéficie d’investissements massifs pour tenter de corriger les inégalités sociales dans les quartiers urbains, les territoires ruraux ne font l’objet d’aucune politique d’accompagnement spécifique équivalente. Un constat qui alimente le sentiment d’abandon de nombreux Français vivant hors des grandes métropoles.

Si les politiques publiques continuent à favoriser massivement les quartiers urbains défavorisés au détriment des zones rurales, la fracture territoriale et le sentiment d’injustice risquent de s’accentuer encore davantage.

Photo : DR
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