Moyen Orient : bruits de bottes ou bien froissement de pantoufles ?

La guerre de basse intensité que se livrent les États-Unis et leurs alliés contre l’Iran et les siens a connu ces derniers jours de nouvelles péripéties qui ont frappé l’opinion publique avec des intensités différentes.

Il est frappant de constater que la mort du général Qassem Soleimani, à la suite d’une frappe de précision conduite par un moyen aérien américain non piloté, a suscité bien plus de réactions que la tentative quelques jours plus tôt, le 29 décembre 2019, de prise de l’ambassade américaine en Irak sur le modèle de la prise de celle en Libye en 2012.

Pourtant, cette attaque sans précédent du siège de la puissance américaine en Irak par des moyens iraniens sous la direction du Qassem Soleimani, présent sur place, représentait une escalade sans précédent qui ne pouvait être laissée sans réponse par les Etats-Unis.

Cette opération au cœur de Bagdad se présentait officiellement comme une vengeance aux bombardements de milices iraniennes en Syrie et en Irak, eux-mêmes en riposte à l’attaque à la roquette de la base américaine K-1 qui avait causé un mort et plusieurs blessés américains.

Est-ce la présence de Qassem Soleimani qui a conduit les chiites irakiens à se lancer dans une aventure aussi ambitieuse ? Est-ce le général qui a voulu tester le gouvernement américain ?

Il est difficile de le dire aujourd’hui, mais il semble que ce soit malgré tout une erreur de calcul des Iraniens qui se trompent sur le profil psychologique de Trump et qui les place dans une situation intenable.

Non seulement le pouvoir iranien vient de perdre un de ses atouts humains les plus importants en la personne de Qassem Soleimani, mais il ne dispose pas de beaucoup de cartes dans son jeu pour s’en sortir à bon compte.

La rhétorique de la vengeance que l’on entend de la part du gouvernement et d’une partie de la société iranienne est un exercice obligé de leur praxis politique.

Une fois les mots prononcés, les menaces proférées, que faire ? Le pouvoir des mollahs ne possède que des options limitées.

Une attaque directe par des moyens militaires iraniens serait un suicide. Les forces iraniennes ne pourraient s’en prendre qu’à des points secondaires du dispositif américain en Arabie saoudite ou à Bahreïn. En revanche, l’Iran ferait l’objet dans les heures qui suivent de bombardements massifs sur ses points stratégiques qui mettraient le pays à genoux.

A titre d’exemple, l’Iran dispose d’un nombre limité de raffineries et de centrales électriques pour couvrir les besoins du pays. Des frappes chirurgicales sur les infrastructures énergétiques auraient un impact brutal sur l’ensemble de la société iranienne.

Les forces armées disposent fort probablement des réserves nécessaires pour fonctionner, mais quid de la société civile ? Il est possible que la paralysie d’une société privée de carburant et d’énergie électrique conduise à une exacerbation de la révolte des classes moyennes urbaines dont a commencé à percevoir les prémices avec ces femmes qui refusent de porter le voile.

Les Américains pourraient en parallèle lancer une campagne médiatique en ligne pour aggraver les oppositions internes dans le pays. Ils disposent d’alliés pour le faire non seulement au sein d’une importante population iranienne aux Etats-Unis, acquise à un modèle libéral et monarchique, mais également les moudjahiddines du peuple, une opposition de gauche au régime des mollahs.

En revanche, les Américains ne devraient pas prendre le risque d’une intervention directe sur le sol iranien. Le bilan humain serait probablement infiniment plus lourd que lors de l’invasion de l’Irak. Les Iraniens ne sont pas des Arabes.

Alors, que peut-on envisager ? Les mollahs auraient tout à perdre d’une nouvelle escalade du conflit. Il est fort probable que leur riposte se fera attendre et qu’elle visera des objectifs moins ambitieux. Par exemple, un renforcement de la belligérance des chiites dans la guerre civile à Aden, des attaques par drones contre les infrastructures pétrolières de l’Arabie sauoudite, une montée en température au sud-Liban dont les Israéliens feraient les frais…

L’imagination des Iraniens est sans limite, mais leurs moyens eux le sont, limités. Raison de plus pour eux d’accélérer la course à l’obtention de l’arme nucléaire sous le regard attentif des Etats-Unis et d’Israél. C’est la seule vraie question qui préoccupe tout le monde et qui risque en revanche de déclencher un conflit aux conséquences imprévisibles.

Balbino Katz

Crédit photo : DR
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