Le système de protection sociale français est aujourd’hui sous le feu des critiques. Selon une enquête Ifop réalisée pour Contribuables Associés en janvier 2025, une majorité de Français juge ce modèle inefficace, injuste et trop coûteux. Face à ces constats, la volonté d’une réforme profonde du système s’exprime de plus en plus fortement. Décryptage des résultats de l’étude et des attentes des citoyens.
Un modèle jugé inefficace et inéquitable
Le sondage Ifop révèle une forte insatisfaction des Français vis-à-vis de la protection sociale. Près de 46 % des sondés estiment que le niveau des aides sociales est trop élevé, un chiffre en hausse de 6 points depuis 2018. Cette perception varie selon le niveau de revenu : 60 % des catégories aisées considèrent que ces aides sont excessives, contre seulement 26 % parmi les foyers modestes.
Les clivages politiques sont également marqués : 80 % des sympathisants de droite dénoncent une trop grande générosité du système, contre seulement 20 % des électeurs de gauche.
Par ailleurs, 80 % des Français estiment qu’ils contribuent davantage au système de protection sociale qu’ils n’en bénéficient. Ce sentiment est particulièrement prononcé chez les retraités (90 %), qui, bien qu’étant parmi les principaux bénéficiaires, ont le sentiment de financer un système trop généreux envers d’autres catégories de population.
Trop d’ »assistanat » et une fraude sociale mal combattue
L’un des principaux reproches adressés au système est le poids excessif de l’« assistanat ». 76 % des Français considèrent que le modèle social français encourage la dépendance aux aides plutôt que l’effort personnel. Cette perception atteint 99 % chez les électeurs Les Républicains et 89 % chez les sympathisants Renaissance.
Autre point noir : la lutte contre la fraude sociale. 71 % des Français jugent les efforts insuffisants en la matière, un chiffre qui grimpe à 87 % chez les 65 ans et plus. Cette défiance traduit une exaspération face aux détournements d’aides et au manque de contrôles effectifs.
Face à ce bilan largement négatif, seuls 9 % des Français souhaitent le maintien du système tel qu’il est. À l’inverse, la volonté de réforme progresse fortement : 36 % des sondés réclament une refonte en profondeur, contre 26 % en 2017 (+10 points).
La majorité des Français (55 %) reste toutefois favorable à un aménagement du système sur certains points, bien que cette option soit en nette baisse (72 % en 2017).
Parmi les mesures de réforme proposées :
- 80 % des Français sont favorables à la création d’une allocation unique regroupant toutes les prestations sociales, avec un montant plafonné au niveau du salaire minimum.
- 72 % souhaitent restreindre l’Aide Médicale d’État aux seuls cas d’urgence.
- 72 % approuvent la suppression des allocations chômage pour les personnes qui ne cherchent pas activement un emploi.
Ces mesures trouvent un écho particulièrement fort auprès des électeurs de droite, qui y sont quasi unanimement favorables.
Vers un changement de paradigme ?
Le modèle social français, historiquement basé sur un principe de solidarité nationale, semble aujourd’hui être à un tournant. Si une partie de la population continue de défendre son rôle dans la réduction des inégalités (49 % des sondés), l’opinion dominante demeure que ce système est devenu trop lourd, inefficace et injuste pour ceux qui le financent.
Les résultats de cette enquête illustrent un ras-le-bol fiscal et social grandissant, où la question de la refonte du modèle de protection sociale devient un enjeu politique central. Reste à voir si les décideurs politiques répondront à cet appel massif à la réforme, ou si les tensions continueront de s’exacerber au sein d’une population qui se sent toujours plus ponctionnée sans réelle contrepartie.
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